Home News Une zoonose émergente ou silencieuse : l’infection par le virus Usutu
Une zoonose émergente ou silencieuse : l’infection par le virus Usutu Imprimer Envoyer

merleL'annonce récente d'un cas humain d'infection asymptomatique par le virus Usutu chez un donneur de sang en Allemagne et la démonstration d'une circulation importante du virus chez les oiseaux sauvages ou en captivité (centaines voire milliers de cas chez les merles et non centaines de milliers comme erronément interprété par certains médias), a mis ce virus au-devant de la scène et il nous a semblé nécessaire de faire le point des connaissances sur le sujet.

Le virus Usutu (USUV), d'origine africaine (dénommé ainsi car isolé près d'une rivière du Swaziland portant ce nom) est un flavivirus, fortement associé au virus du West Nile. Il émerge pour la première fois en Europe en 2001, dans la ville de Vienne en Autriche provoquant une « massive » mortalité en particulier chez des merles noirs (Turdus Merula).

Au cours de la dernière décennie, l'introduction et/ou la circulation de ce virus furent progressivement mis en évidence dans d'autres pays européens soit associé à des mortalités anormales chez des oiseaux, principalement des merles (Hongrie, Suisse, Italie, Espagne, Allemagne) soit par détection sérologique (Autriche, Royaume-Uni, Italie, Hongrie, République Tchèque, Pologne).

Avec le recul, on suppose à présent que la première grande vague d'infection avec une forte mortalité des merles a eu lieu dès 1996 en Toscane. Mais à l'heure actuelle, une centaine de cas seulement ont été confirmés positifs pour l'USUV.


Pour les chiffres disponibles...


En Autriche : détection de l'USUV sur des merles en 2003 (92/177), 2004 (11/224), 2005 (4/103); en 2005, sérologie positive dans plusieurs espèces oiseaux sauvages migrateurs. Depuis 2006 , mortalité quasi inexistante pouvant indiquer le développement d'une immunité spécifique.

En Hongrie : mise en place d'une surveillance passive oiseau dès 2003 : 1 cas positif d'USUV sur des merles en 2005 et 6 détections en 2006.

En Suisse : une mortalité « massive » de plus d'une centaine de passeriformes et de strigiformes sauvages ou captifs est signalée et l'USUV est isolé de certains spécimens. Depuis 2008, il n'y a plus de mortalité massive démontrée.

 En Italie et Espagne : quelques rares foyers ont été déclarés.

merle 2

Récemment en Allemagne : En 2011, une importante mortalité de merles noirs a eu lieu dans le Sud-ouest de l'Allemagne (proche de Weinheim) au sein desquels 72 cas d'USUV ont été confirmés. D'autre part, des mortalités importantes d'oiseaux sauvages captifs dans les jardins zoologiques de Mannheim et Heidelberg ont été rapportées. Des analyses de moustiques en Allemagne ont démontré que le virus pouvait y survivre l'hiver et ainsi réinfecter les oiseaux la saison suivante. Ces données mènent à penser que l'USUV est actuellement endémique dans certaines régions d'Allemagne. Des recherches pour déterminer si cette importante mortalité constatée chez ces oiseaux et une infection de USUV pourraient être liées sont toujours en cours.


Leur diversité génomique : les souches isolées en Autriche, Hongrie et Suisse montrent 99.9 % d'identité indiquant une probable origine commune avec expansion aux pays limitrophes. D'autres USUV isolés en Espagne et Italie sont par contre plus proches de souches sud-africaines.


Leur écologie : Vu le manque de données écologiques, le cycle du USUV est souvent assimilé à celui du WNV mais certaines différence écologiques entre ces deux virus semblent émerger : tandis que le virus WNV est essentiellement détectés chez les moustiques du genre Culex, le USUV a également été trouvé chez des moustiques du genre Aedes albopictus. D'autre part, à l'inverse du WNV, l'USUV est plus abondamment trouvé en zone urbaine. Finalement, l'USUV cible principalement les merles. Parmi les symptômes, on peut noter une perte de plumes à la tête et au cou, de l'apathie et des pertes d'équilibre.


Le risque zoonotique : En Europe, les premiers cas humains ont été signalés à la fin de l'été 2011, chez deux sujets italiens immunodéprimés présentant des troubles neurologiques. Ces deux personnes avaient subi une transfusion sanguine. Depuis, une recherche plus systématique de l'USUV est réalisée dans certains pays européens chez des donneurs de sang. C'est ainsi que ce virus vient d'être identifié pour la première fois en Allemagne chez un donneur de sang asymptomatique (sur 4 200 prélèvements sanguins analysés).


Le risque pour la santé animale : A l'heure actuelle aucun cas de transmission et à fortiori de maladie n'a été rapporté chez les animaux domestiques


Et en Belgique...
Au regard de l'évolution de la dispersion observée ces dernières années pour le WNV, le CERVA, en collaboration avec l'Institut Royal des Sciences Naturelles (IRSNB), mandatée par l'Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire (AFSCA) s'est dotée d'outils permettant le diagnostic rapide de l'infection WNV et la mise en place d'une surveillance épidémiologique de cette infection chez les oiseaux sauvages depuis 2009. Ces outils de diagnostic rapide étant à large spectre, ils permettent également la détection du virus USUTU. Tout cas positif peut dans un second temps être discriminé WNV ou USUV positif.

A l'heure actuelle, aucun cas positif chez l'avifaune sauvage n'a été détecté.


Mais la question que l'on peut se poser : s'agit-il d'une infection émergente en Europe ou ce virus devient-il de plus en plus fréquent en Europe parce qu'il est plus recherché ?

Seule une surveillance renforcée de l'USUV en Europe au même titre que le WNV permettra de connaître l'importance de cette infection virale chez l'Homme, son potentiel zoonotique et le rôle de réservoir joué par les oiseaux sauvages.