Home News Peste porcine africaine: menace lointaine ou dangereusement proche?
Peste porcine africaine: menace lointaine ou dangereusement proche? Imprimer Envoyer

Généralités


La peste porcine africaine (PPA) est occasionnée par un virus ADN complexe de la famille Asfarviridae pouvant infecter tant les cochons sauvages et les cochons domestiques que les tiques. Chez les vertébrés, le virus se multiplie principalement dans les monocytes et les macrophages et occasionne, en fonction de la virulence de la souche, une large gamme de syndromes et de lésions, allant de la fièvre hémorragique aiguë aux formes chroniques et inaperçues de la maladie.

Alors que l'infection des cochons domestiques et des cochons sauvages d'Europe par le virus de la peste porcine africaine est généralement cause de mortalité, le syndrome est subclinique chez les cochons sauvages africains.

l. dixon

Source: L. Dixon, Institute for Animal Health, Pribright, R-U

Cette maladie peut se propager très rapidement par contact direct et indirect avec des animaux infectés, de sorte que les conséquences sanitaires et socio-économiques peuvent avoir une incidence significative sur le commerce national et international d'animaux et de produits d'origine animale. Aussi, cette maladie figure-t-elle sur la liste des maladies à déclaration obligatoire de la World Animal Health Organisation (OIE).

La peste porcine africaine trouve son origine sur le continent africain, où elle fut détectée pour la première fois au Kenya en 1929, après que des porcs européens importés succombèrent après avoir été en contact avec des cochons sauvages africains.

Depuis la seconde moitié du siècle dernier, des foyers ont néanmoins été localités sur d'autres continents comme l'Europe, l'Amérique et l'Asie

 

everzwijn

Source: http://simonhancox 1.files.wordpress.com

 

Transmission


Les cochons sauvages africains ("phacochères" et "potamochères") ne présentent aucun symptôme après infection par le virus de la PPA en dépit du fait qu'une virémie se présente. Durant cette virémie, des tiques (Ornithodoros spp.) se nourrissent sur ces animaux infectés. Le virus peut rester présent pendant de très longues périodes chez ces tiques et être transmis, via ces tiques, à de nouveaux hôtes sensibles.

Outre le fait que ce virus puisse rester présent pendant longtemps dans la tique, il a également été démontré pour certaines espèces que le virus pouvait se propager de tique en tique via transmission transstadiale, sexuelle et transovarienne. De la sorte, les tiques jouent un rôle important dans la persistance du virus dans une région donnée. Les cochons sauvages asymptomatiques et la transmission entre les tiques ont pour effet que le virus peut proliférer sans retenue sur le continent africain. Ces deux espèces font dès lors office de réservoir pour le virus de la peste porcine africaine.


Chez les cochons domestiques, une infection par le virus de la peste porcine africaine occasionne dans la plupart des cas une fièvre hémorragique aiguë, cause fréquente de mortalité chez les animaux infectés. La transmission du virus entre les cochons domestiques a principalement lieu par contact direct avec des liquides (entre autres du sang) ou des sécrétions d'animaux infectés, étant donné que ceux-ci peuvent contenir des concentrations élevées du virus.

Le virus de la peste porcine africaine est très persistant et difficile à inactiver. Dans les tissus animaux, il peut rester infectieux pendant plusieurs mois.

Par conséquent, alimenter des porcs avec des produits porcins ou des carcasses infectés et cuits de façon insuffisante peut entraîner la propagation de la maladie. Par ailleurs, le virus est persistant dans l'environnement pendant plusieurs jours, de sorte que des vêtements, le matériel et les véhicules contaminés constituent eux aussi un risque de transmission.

o_moubata_occi warthdog

Source: dpd.Cdc.gov/dpdx/HTML/ImageLibrary

La PPA en Europe


Contrairement à l'Afrique, l'Europe, exception faite de la Sardaigne, ne connaît actuellement aucun cas de PPA. Au cours de la seconde moitié du siècle dernier, plusieurs foyers ont toutefois été localisés sur le continent européen comme au Portugal (1957, 1960-1993, 1999), en Espagne (1960-1995), en France (1964), en Italie (1967, 1969, 1993), sur Malte (1978), en Belgique (1985) et aux Pays-Bas (1986).

Exception faite de la Sardaigne où cette maladie est entre-temps devenue endémique, tous ces pays sont parvenus à éradiquer la maladie grâce à des programmes de lutte drastiques.


Les conséquences économiques de tous ces foyers furent considérables et se sont élevées à plusieurs millions d'euros

.
La source des introductions de virus a pu être couplée dans bien des cas à l'importation de viande de porc contaminée ou à des déchets contaminés d'origine animale.


En Sardaigne par contre, le virus de la peste porcine africaine circule parmi les cochons sauvages et en raison du contact difficile à contrôler entre ces cochons sauvages et les cochons d'élevage en plein air, la propagation du virus n'est pas simple à maîtriser.

 

Situation actuelle

 

Récemment, de nouveaux foyers ont été constatés en Russie, en Ukraine et dans d'autres pays du Caucase. L'origine de ces foyers se situe en Géorgie, à son tour contaminée par un virus originaire d'Afrique en 2007.

Au départ de la Géorgie, le virus s'est rapidement propagé aux pays voisins, ainsi qu'à des milliers de kilomètres vers le Nord, dans des régions proches de la Moldavie, du Bélarus et des États Baltes, de sorte que l'Europe se rapproche de la ligne de mire. À l'Est, le virus a été détecté près du Kazakhstan, pays attenant à la Chine et comptant plus d'un billion de porcs.

swine-fever-map

Source: www.nature.com

Et ensuite ?

 

Le risque de réintroduction de la peste porcine africaine en Europe est difficile à estimer, mais une vigilance accrue est de mise en raison de la présence incontrôlée du virus dans la Fédération de Russie.

L'incertitude est en outre accrue par les différentes routes de transmission par le biais desquelles le virus pourrait être introduit. Les cochons contaminés peuvent excréter des particules de virus dans les camions dans lesquels ils sont transportés par exemple, pouvant ainsi contaminer le chargement suivant d'animaux exempts de PPA. L'adoption des mesures de biosécurité requises, comme la décontamination des camions et des personnes entrant en contact avec les cochons, pourrait contribuer à une limitation de la propagation.


En outre, épinglons encore la menace des sangliers infectés dont les populations s'étendent sur la Russie et l'Europe. Cette menace est plus difficile à contrôler. Les cochons sauvages n'ont en effet pas besoin de visa pour traverser les frontières.


Pour la Belgique, ce problème se pose avec moins d'acuité, étant donné que le pays ne jouxte pas les pays à problèmes.


Enfin, dernière chose mais non des moindres, il convient de mentionner le problème des produits de viande ou des déchets contaminés d'importation. Le "swill feeding", dans lequel les cochons sont nourris avec des déchets d'aliments destinés à la consommation humaine, est très répandu parmi les petits éleveurs porcins. Par le passé, ce procédé a déjà été à maintes reprises une source d'introduction de la peste porcine africaine en Europe. Si la pratique du "swill feeding" est interdite dans les pays de l'Union européenne, l'on peut s'attendre à ce qu'elle soit peut-être encore appliquée de manière illégale.


Telles sont les causes possibles pour lesquelles le virus de la peste porcine africaine apparait soudain à des milliers de kilomètres de l'endroit où il circule normalement, de sorte que ce danger pourrait bien se manifester à deux pas de chez nous....